L’artiste

L’artiste

Regard clair et tête chenue, Claude Nicaud vous accueille simplement. A l’image de son propriétaire, la maison est ouverte et cela se sent. Depuis le salon confortable, derrière la baie vitrée, la piscine qui surplombe le vallon luit doucement comme le symbole du rêve accompli : vivre, enfin librement, de sa peinture. Rien de tapageur là dedans. Tout ici est à la mesure de la distance parcourue. Car le chemin de la vie de Claude Nicaud est long.

Claude Nicaud est né le 21 avril 1936, à Paris IVème.

atelier_glycineEt toutes ses étapes sont autant de pierres qui, posées une à une auront contribué à la construction de ce caractère de lion solitaire, de pater familias sûr de lui. Car Claude Nicaud est effectivement un bâtisseur. Comme pour toute construction, cela a commencé par les fondations, dans cette enfance privée d’un père, prisonnier après la défaite de 1940. Claude, le petit parisien était envoyé dans cette dure famille corrézienne : « on me faisait beaucoup travailler à la ferme. A l’époque, à la campagne, il y avait une espèce de racisme anti-parisien. Par ailleurs, ces gens étaient très démocrates et n’hésitaient pas à se priver pour envoyer des vivres à ceux qui n’avaient rien ».

atelier_travailDe cette période pleine de douleurs et de contradictions, Claude Nicaud garde la conviction que « les enfants souffrent très tôt . Avec cette certitude, très jeune, j’analysais ce qui se passait autour de moi ». Un peu plus tard, de retour à la vie parisienne, il y aura le travail à l’usine, le fracas des machines chez Panhard, la solidarité ouvrière, les petits matins gris.

La peinture, apprise à l’académie du Bourget est déjà « un moyen de valoriser sa condition ». Une fenêtre est ouverte dans laquelle Claude Nicaud ne cessera de s’engouffrer. Et la maison intérieure continue de se construire pendant la guerre d’Algérie où il est douloureusement confronté à l’incompréhensible brutalité dont les hommes sont capables.

Puis il y aura l’Hôtel de la Monnaie, une très noble maison dans laquelle il passera quinze ans de sa vie, travaillant comme graveur et décorateur. En mai 1968, il aura comme tant d’autres une révélation libératrice. « J’ai réalisé pour la première fois qu’il y avait tout un tas de gens qui pensaient les mêmes choses que moi … » Ce goût de la liberté, Claude l’avait toujours eu. Il faudra néanmoins le laisser mûrir quelques années avant de pouvoir assouvir ce désir qui le ronge : s’affranchir du carcan social, pouvoir exprimer son Moi intérieur en dehors de toute chapelle, vivre librement, en toute indépendance, de sa peinture.

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Le grand saut, il l’accomplit en 1973 en arrivant à Saint Antonin. Cet amoureux inconditionnel de la Nature ne pouvait que trouver ici les éléments nécessaires à son épanouissement. La manœuvre n’était pourtant pas sans risque. « Je suis arrivé en sachant que je n’avais pas le droit d’échouer ».

 

Et Claude Nicaud, loin des bruits, peint sans relâche, sans se soucier des courants ni des modes.

En sortant de la maison, la chienne Juju sur les talons, cette nature qui n’en finit pas de se dévêtir vous reprend dans ses bras. Un couple est là avec son bébé. Comme beaucoup d’autres, ils sont venus de loin pour le voir et prendre avec lui un bain de couleurs ou tout simplement partager un café et profiter du temps qui coule.

Son pays

Beauté d’une lumière d’automne où l’imprécision spontanée des lignes et des formes révèle à nos yeux la splendeur nostalgique d’une matinée de novembre.

pays_brousses2Pour aller chez Claude Nicaud, il faut prendre son temps. La nature sauvage ; la route qui serpente, qui traverse le ventre de la terre par de longs tunnels puis vous élève au dessus de gorges profondes préparent à la rencontre.

Au détour d’un virage, Brousses apparaît sans crier gare, ce hameau de Saint Antonin Noble Val est niché dans un écrin vert, au milieu du causse aride.

 

pays_brousses1A la droite de la croisée des chemins, on devinait la longue solitude d’une maison, le jardin échevelé d’herbes folles, de rosiers non taillés, des odeurs complotées avec des couleurs et d’intimes lumières.

La maison de Claude Nicaud y a trouvé sa place. Une maison de bâtisseur que l’artiste a fait construire pierre après pierre il y a plus de vingt ans.